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Au sommet de cette étagère les elfes bâtissent un château. Dans le coin à côté du bureau
Une colonie de fées. Toutes faites de lumière et d’ombre avec des corps qui brillent comme des anges. Non elles n’ont pas d’ailes
Comme les papillons. Elles volent avec des bras comme les nôtres. Et sur l’armoire un dragon, d’une dizaine de centimètres, comme ça long.
Ses écailles absorbent la lumière du soleil. Elles pivotent pour capter les rayons. Ainsi nourrit-il la flamme qui lui tient lieu de cœur.
Son nid est dans un triste état car il tue mites et araignées. Il les chassent du rêve et les change oui en étoiles.
Et dans la cheminée des nains creusent jusqu’à la cave. Pour extraire le scintillement du charbon et forger des arcs et des flèches et des épées
Plus minuscules encore et fines que des aiguilles. Qui miroitent dans l’air comme de la poussière. Constellés tous d’un millier de gemmes étincelantes.
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Dansant à moitié bourré à la fête de Miriana, je marmonnai : Qu’est-ce que tu attends? De la vie, je veux dire. Du Monde. Tu nouas tes mains autour de mon cou pressa tes seins et ton ventre contre moi
Planta les rayons de tes yeux dans les miens et dis calmement : Toi. Et te tournas et te faufilas entre les danseurs. Et te tins près du portail, en attente, sous le lilas blanc en surplomb. Un brin parfumé dans chaque main.
Comment t’appelles-tu ? demandai-je. Et dans ton grenier aux poutres apparentes, avec ses rideaux orange, ses chandelles, ses mandalas peints-maison, et baume du tigre et senteur de safran imprégnée dans les coussins et les tentures,
Lothlorien Ishtar, dis-tu. Je l’ai trouvé dans des livres. Je change ma vie tous les jours. Suis donc libre de changer de nom. Quel âge as-tu ? demandai-je. De ton index pointé tu me relevas le menton, reculas
D’un pas, dénouas ton sari, et te tins nue devant moi. Voici mon vrai nom, dis-tu. Voici qui je suis. Et levant les bras de chaque côté : Et voici, exactement mon âge. Et moi, écolier soudain,
De faire voltiger mes mains autour de toi, comme si tu étais une aubépine en fleurs et elles un couple de merles, craignant un danger inaperçu, ne sachant pas bien sur quelle branche se poser. Jusqu’à ce que tu m’attires contre tes seins,
Nous culbutes sur ton matelas, m’entoures la taille de tes cuisses remontées et, me labourant les épaules, cries vers les poutres du toit. Et après cela, tu dis, comme si tu récitais une litanie : Baba enseigne que chaque cellule
Possède en elle sa propre mémoire. Et les fleurs de l’esprit ont besoin de l’humus du corps pour y prendre racine. Et la lumière vécue par l’âme est un corps sans ombre qui éclipse tous les esprits. Tu vois. Comme c’est simple.
Oui, mentis-je. Je vois. Comme étendu, à demi gorgé d’eau, au sein des vagues salées convoquées par toi. Me noyant, incroyant, dans tes clichés magnifiques. Presque en paix, comblé. Et même presque croyant
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Allô. Allô. Etes-vous là. Est-ce vraiment vous. A quoi bon le trafic
La ruée à des réunions urgentes. Les hypothèques et les prêts bancaires. La recherche et les investissements. Les arbres portant fleurs et fruits. La corbeille à courrier à ouvrir et fermer.
Les pourcentages et les offres. Les allers-retours en train au travail. Les allers-retours en voiture à la maison. Les commérages liaisons secrets. La tonte de l’herbe qui pousse.
Les enregistrements signatures messages. Les longueurs d’ondes et vibrations. Les pertes nostalgies regrets. Les week-ends les vols les rêves. Les réservations les tickets les sièges.
Les écrans barreaux rideaux carreaux.Les Quatre Saisons. Les emprunts les empreintes les prières.Les accouplements réels et imaginaires. Les nouvelles et les anciennes machines.
Quand la mort nous engloutira tous. Et nous descendrons tous. Et nos pensées pourriront ou brûleront avec nos corps. Et souffrir ne finira jamais. A quoi bon le
Désolé. Désolé. En fait, je croyais que vous. Quelqu’un d’autre. Affreusement désolé de vous avoir dérangé. Erreur de numéro. Vraiment désolé.
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J’ai passé beaucoup de mon temps à chercher un petit bout de joie que j’ai semble-t-il perdu quelque part. Peut-être dans ma prime enfance.
Comme la pièce de puzzle que j’ai fait tomber là-bas. Et elle s’est coincée entre les lames du parquet. Et en tentant de l’en extirper je l’ai enfoncée davantage.
Et je l’ai entendu tomber entre les chevrons. Et me suis planté une écharde dans l’index droit. Etj’ai extrait l’écharde au moyen d’une aiguille dérobée
Et je n’ai pas bronché ni appelé mais grimacé à ma goutte de sang pressée. Et pour ce rictus adulte
Sous des dents de lait serrées, la perte de ce coin d’innocence, de ma dernière clé de carton pour sceller le tout
A la perfection– semblait un faible prix, semblait être pour rien. Avant que mes forces me paralysent. Que mes silences conspirent contre moi.
Que mes secrets me ferment la porte. Que mon rictus tourmente mon âme. Que chez moi je sois le moins chez moi. Que les souvenirs rongent ma vision. Et que je sois malade d’envie
De retourner dans cette maison. D’obtenir l’autorisation du propriétaire actuel. De soulever son tapis pour tâter en-dessous. D’arracher ses lames de parquet
Pour trouver ce fragment manquant de carton poussiéreux dansune toile d’araignée. Avec son petit bout d’image passée
De voile et de mer du bon côté. Et de le porter en médaillon au bout d’une chaîne. Et de chérir sa présence dorée.
Mais j’ai dragué le rêve et perdu l’adresse de cet enfant. Hé machin. Peux-tu me venir en aide. Je n’arrive pas à me souvenir. Comme d’habitude.
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N’approche pas. J’attends toujours activement un appel sur l’autre ligne. Impossible de me déranger. Je ne serai pas de retour avant plus tard. J’ai plusieurs
Autres voyages prévus dans le plus complexe détail. Je suis dans une autre pièce, oui, loin pour affaires. Et encore débordant de jeunesse, de dons variés et de vigueur.
De tes hauteurs implacables, tourne ton regard fixe sur les sages. Sur ceux qui se sont préparés. Sur ceux qui ont expié et pardonné
Et qui ont été pardonnés et absous. Sur tes saints, héros et martyrs. S’il en existe encore. Va-t’en, détourne de moi ton fanal. Roucoule
Ailleurs pour ceux qui se noient. Pour ceux qui pataugent sur des écueils, ceux qui se sont enlisés eux-mêmes dans le sable, ceux qu’ont avalésles lèvres de la mer, et ceux
Déjà dans le ventre du destructeurcancéreux. Je me déclare non-élagué, non paré pour le jugement dernier. Car je viens à peine de larguer les amarres.
J’ai trop à faire encore. N’ai pas fait mes preuves, ni rien qui vaille. Et n’ai pas abdiqué – ni n’abandonnerai – l’Histoire.
(Po&sie 98, Belin, Paris, 2001)